Miscellanées de saison - n°5.
Le printemps & l’été ne font plus qu'un.
fleurs de pavot
03/09/2025
Je me suis demandé l'autre jour, en pensant à cette newsletter qui a été écrite sur plusieurs mois en plusieurs sessions successives, comment je pouvais faire une introduction autrement qu'en parlant du temps qu'il fait.
J'ai trois applications météo différentes, que je consulte assez frénétiquement, surtout en période de fortes chaleurs comme ces derniers mois.
On ne va pas se mentir, c'est un peu une obsession, et en même temps, comment s'en passer?
Savoir quand l'averse va tomber, si le vent va se lever en même temps que l'orage et arracher les voiles d'ombrages installés rapidement, anticiper s'il faudra arroser bien plus que prévu parce que le pluie n'arrivera finalement pas, fermer les tunnels parce que le vent va venir de l'Ouest, côté pignons, et qu'il sont ouverts...
Donc cette newsletter n'y coupera pas, et on parlera du temps qu'il fait, puisque de toutes façons c'est le ciel qui décide de mes journées, et en partie de mes nuits.
le tunnel avec les pois de senteur début Mai
Je vous ai quitté dans la dernière lettre avec le tourbillon des bulbes de début de printemps, et toujours cette réflexion récurrente sur les tulipes, qui, traitées comme des annuelles, "coûtent" beaucoup : financièrement, écologiquement et en travail physique dans le champ.
Alors que j'avais la tête dans tout ce qui doit être semé, planté, récolté, vendu, désherbé, ... je me faisais la réflexion que je ne souhaitais plus, à l'avenir, capitaliser sur ces bulbes, qui reviennent trop aléatoirement.
Même ceux dits "pérennes".
Déception des jacinthes, des fritillaires, des iris hollandica, etc.. ils sont assez nombreux au final à ne pas aimer être cueillis même lorsque l'on préserve leurs feuillages pour la saison suivante.
Et alors que je suis en perpétuelle réflexion sur mon modèle de ferme, j'avais un pincement au coeur en me disant que peut être toutes ces fleurs seraient peut-être plus heureuses dans un jardin, non cueillies, mais admirées. Puisque j'ai envie de continuer à les voir!
Donc ce printemps, à la place de la petite pépinière de mes débuts qui a disparu, j'ai fait un nouveau parterre, avec des choses que j'aimais, dans un code couleur choisi, et l'idée est d'en profiter, sans le prélever.
La pépinière en Novembre 2020, première étape pour les semis de la saison 2021.
Elle a résisté pendant quatre saisons, même sous des vents à plus de 100 km/h!
le "bloc paysagé", en grande partie planté début Mai, au moment où les fortes chaleurs débutaient. Le timing n'était ps le meilleur..!
"bloc paysagé", début Septembre.
Le thème coloré est blanc, rose pale et vieux rose. Avec quelques fleurs hautes, (cléomes) des graminées, des fleurs en grappes, plus denses, et des choses très légères, aériennes, pour mélanger les effets.
L'exercice n'est pas si évident lorsqu'on a un rendu en tête sans savoir comment les plantes vont évoluer. Entre le moment où je l'ai planté et aujourd'hui, certaines ont déjà disparu mais je sais que leurs graines sont bien là, prêtes à germer dès que le moment sera venu, d'autres ont pris une ampleur surprenante et ont peut-être été plantées trop proches, ou encore ce plant de zinnias, qui s'est glissé au milieu de l'ensemble, avec ses fleurs oranges pas vraiment en ligne avec le code couleur de départ! (j'avoue l'avoir ponctionné celui-ci, puisqu'il sera éliminé en fin de saison).
Cette année les producteurs de bulbes et de graines ont eu quelques soucis, il y a eu pas mal d'erreurs au champ dans ce qui a poussé et je ne sais pas à quoi l'attribuer... Peut-être à l'emballement sur certaines références, comme les dahlias, pour lesquels la demande est croissante d'années en années. Alors la logistique et le tri en seraient impactés? Probablement.
Ces emballements pour certaines plantes me font penser à une variété de dahlia qui a été créé par une productrice aux Etats Unis l'an dernier. Une forme un peu hybride entre un dahlia et un narcisse, qu'elle a appelé "Daffodahlia" (contraction de "daffodil" et "dahlia").
Cette nouvelle forme est tellement étonnante qu'elle partageait avoir été victime de visiteurs sans gène qui n'hésitaient pas à escalader ses clôtures pour les voir de plus près et tenter de se les approprier.
photo prise par Kelsey Hall de la ferme Catlle & Cut flowers, avec son aimable autorisation.
Cela me rappelle aussi la folie des tulipes, la tulipomania, dans les années 1630 en Hollande, qui a provoqué l'éclatement de la première bulle spéculative.
Pour une fleur!
Revenons à notre météo.
Cette année a (déjà) été classée comme la troisième plus chaude depuis que l'on mesure et enregistre les données climatiques.
Aux Batisses, je la classe volontiers loin devant la canicule de 2022.
Pour 2002, je ne cultivais pas, donc je ne peux pas comparer.
Les températures sont montées plus haut, on a dépassé la barre des 40 degrés à l'ombre à trois reprises, les jours d'intenses chaleurs duraient jusqu'à plus d'une semaine d'affilée et la sécheresse a été implacable.
La ferme a reçu un peu plus de 100 mm d'eau (soit l'équivalent d'un mois de pluie classique) en l'espace de quatre mois.
Les deux cumulés ont créé un cocktail très déstabilisant pour le champ. Les plants souffraient de sécheresse pour les parties aériennes (feuilles brulées, fleurs séchées en plein épanouissement) les insectes se sont développés à vive allure (la chaleur accélère les stades de renouvellement des populations) et le vent venait vérifier que mes filets étaient bien en place sur les cultures.
Je ne compte pas le nombre de fois où j'ai dû réajuster, rajouter des piquets, stabiliser des plants... encore cette semaine, alors que l'eau revient sous forme de rideau de pluie dévalant la terre devenue imperméable.
Alors quand viendra l'hiver et le bilan de cette année je crois que je pourrai établir à quel point mes cultures sont résiliantes et courageuses!
J'ai d'ailleurs commencé à établir une sorte de liste des variétés de dahlias les plus résistantes à la sécheresse / chaleur. Et à ma grande satisfaction les variétés créées à la ferme ont relevé haut la main le défi.
Preuve, s'il en fallait, que produire (et reproduire) ses propres variétés en valorisant son "terroir" a de l'avenir. Mais on l'avait certainement oublié.
Vue du ciel surprenante pour mon sous bois, où d'ordinaire le feuillage, dense ne laisse pas passer la lumière.
Tapis de feuilles début Aout.
Des tentatives de protection pour essayer d'aider les jeunes plants à s'implanter courant Juin.
Beaucoup de pertes au stade du repiquage cette année malgré tous les soins possibles donnés.
Fleur de dahlia brulée partiellement, non commercialisable.
Il n'y a pas vraiment de morale à cette histoire si ce n'est qu'il va falloir essayer de s'adapter du mieux qu'il sera possible. Et redoubler d'attention sur tous les stades de croissance, changer un peu le calendrier de certaines plantations, ou rajouter des étapes afin d'amortir les excès climatiques et maximiser les chances de succès d'arriver à de belles floraisons.
Et puis surtout, surtout, prendre soin du sol. Parce que je reste convaincue que c'est lui la clef de tout.
A écouter cet automne :
Depuis que j'ai commencé la ferme j'ai pris l'habitude d'écouter pas mal de podcasts, en général pendant des taches particulièrement fastidieuses, comme desherber ou greliner.
Dans la liste de mes préférés il y a Chaleur Humaine.
L'animateur, Nabil Wakim, invite des experts de différents horizons pour réfléchir sur des thématiques variées, toutes liées aux défis climatiques qui nous occupent actuellement.
L'un des épisodes qui m'a le plus marquée cette saison c'est celui sur les pesticides. La loi Duplomb n'était pas encore en discussion et pourtant cet épisode explique parfaitement les enjeux du recours ou non à ces pesticides.
Ce que j'aime dans ce podcast c'est qu'il n'est jamais tranché ou moralisateur.
N. Wakim sait toujours poser toutes les questions nécessaires à une vraie réflexion sur des sujets ultra sensibles. Il ne cède jamais à la facilité ou aux arguments implacables de ses invités; son compte rendu en fin d'épisode est souvent intéressant.
Cet épisode-ci est passionnant (selon moi) parce qu'il soulève la problématique de la création de filières en agriculture.
Je ne vous en dit pas plus et vous invite à l'écouter lorsque vous en aurez le temps, mais cela m'a fait penser à notre filière de la fleur, pour laquelle il manque aussi beaucoup de pièces au puzzle pour que les producteurs français puissent à nouveau reprendre la main sur leur marché.
Un autre épisode que j'avais beaucoup aimé, toujours sur Chaleur Humaine (je ne suis pas sponsorisée!) c'est celui réalisé avec Marc-André Selosse, qui est professeur au Museum d'histoire naturelle et a écrit des livres très intéressants sur la vie du sol. Cet épisode-ci s'intéresse au role que le sol pourrait jouer sur le changement climatique et comment il pourrait en atténuer les effets délétères.
Mr Selosse est parfois un peu technique et tranché dans ses avis, mais il explique bien comment notre sol fonctionne et comment le fait de le cultiver le perturbe. Il y a d'ailleurs une très bonne remarque sur le recours au labour ou non, grand débat entre l'agriculture biologique et de conservation.
Je vous laisse le découvrir et me faire vos retours avec grand plaisir, si vous le souhaitez!
La chaine des Batisses sur Youtube
Si vous les avez manqués, trois nouveaux épisodes ont été publiés depuis Février. Dont un farm tour filmé au tout début des vagues successives de chaleur, lorsque l'herbe était encore verte!
Le prochain arrivera certainement début Octobre.
D'ici là je vous souhaite un très bon début d'automne à tous, à bientôt!
Marlène.